Textes à tout vent : L’insoutenable légèreté de l’être – Milan Kundera

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Textes à tout vent

Votre blog de lecture : une sélection de textes, d’extraits littéraires, de petites nouvelles et de poésies de divers auteurs. Pour les amoureux des mots.

lundi 17 avril 2017

L’insoutenable légèreté de l’être – Milan Kundera

[…]

Le débat entre ceux qui affirment que l’univers a été créé par Dieu et ceux qui pensent qu’il est apparu tout seul concerne quelque chose qui dépasse notre entendement et notre expérience. Autrement réelle est la différence entre ceux qui doutent de l’être tel qu’il a été donné à l’homme (peu importe comment et par qui) et ceux qui y adhèrent sans réserve.

Derrière toutes les croyances européennes, qu’elles soient religieuses ou politiques, il y a le premier chapitre de la Genèse, d’où il découle que le monde a été créé comme il fallait qu’il le fût, que l’être est bon et que c’est donc une bonne chose de procréer. Appelons cette croyance fondamentale     accord catégorique avec l’être.

Si, récemment encore, dans les livres, le mot merde était remplacé par des pointillés, ce n’était pas pour des raisons morales. On ne va tout de même pas prétendre que la merde est immorale ! Le désaccord avec la merde est métaphysique. L’instant de la défécation est la preuve quotidienne du caractère inacceptable de la Création. Deux choses l’une: ou bien la merde est acceptable (alors ne vous enfermez pas à clé dans les waters !), ou bien la manière dont on nous a créés est inadmissible.

Il s’ensuit que l’accord catégorique avec l’être a pour idéal esthétique un monde où la merde est niée et où chacun se comporte comme si elle n’existait pas. Cet idéal esthétique s’appelle le kitsch.

C’est un mot allemand qui est apparu au milieu du XIXe siècle sentimental et qui s’est ensuite répandu dans toutes les langues. Mais l’utilisation fréquente qui en est faite a gommé sa valeur métaphysique originelle, à savoir: le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde; au sens littéral comme au sens figuré: le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’existence humaine a d’essentiellement inacceptable. »

[…]

Extrait du livre de Milan Kundera: « L’insoutenable légèreté de l’être », éd. Folio, sixième partie/ chapitre 5, pages 356 et 357.

Le livre :

Milan Kundera


« L’insoutenable légèreté de l’être » a été écrit
par Milan Kundera, un écrivain naturalisé en France, mais né en Tchécoslovaquie en 1929. Ce roman, dont la version originale est en tchèque, a été publié en français en 1984.

Résumé:

Kundera nous propose une analyse psychologique des relations complexes qui se sont tissées au fil du temps, entre un chirurgien volage, qui entretient des relations régulières ou occasionnelles avec de multiples amantes, et son épouse. Des idylles disséquées minutieusement, avec en arrière-fond, le printemps de Prague de 1968, ainsi que l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Union Soviétique. Oscillant constamment entre légèreté et pesanteur, le récit est régulièrement ponctué des regards affûtés de l’auteur sur les rouages rampants et souterrains du communisme.

Citations:

-« Mais l’homme, parce qu’il n’a qu’une seule vie, n’a aucune possibilité de vérifier l’hypothèse par l’expérience de sorte qu’il ne saura jamais s’il a eu tort ou raison d’obéir à son sentiment. » p.56

-« Si la maternité est le Sacrifice même, être fille c’est la Faute que rien ne pourra jamais racheter. » p.70

-« Pour qu’un amour soit inoubliable, il faut que les hasards s’y rejoignent dès le premier instant comme les oiseaux sur les épaules de saint François d’Assise. » p.77

-« Qui vit à l’étranger marche dans un espace vide au-dessus de la terre sans le filet de protection que tend à tout être humain le pays qui est son propre pays, où il a sa famille, ses collègues, ses amis, et où il se fait comprendre sans peine dans la langue qu’il connaît depuis l’enfance. » p. 116

-« Le roman n’est pas une confession de l’auteur, mais une exploration de ce qu’est la vie humaine dans le piège qu’est devenu le monde. » p.319

-« Vaut-il mieux crier et hâter ainsi sa propre fin? Ou se taire et s’acheter une plus lente agonie? » p.320

-« De deux choses l’une: ou bien l’homme a été créé à l’image de Dieu et alors Dieu a des intestins, ou bien Dieu n’a pas d’intestins et l’homme ne lui ressemble pas. » p.352

_ »[…] le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde; au sens littéral comme au sens figuré: le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’existence humaine a d’essentiellement inacceptable. » p.357

-« La fraternité de tous les hommes ne pourra être fondée que sur le kitsch. » p.362

-« On ne pourra jamais déterminer avec certitude dans quelle mesure nos relations avec autrui sont le résultat de nos sentiments, de notre amour ou non-amour, de notre bienveillance ou haine, et dans quelle mesure elles sont d’avance conditionnées par les rapports de force entre individus. » p.421

Mon avis:

Pour de nombreux critiques, cette oeuvre est, ni plus ni moins, l’un des sommets mythiques de la littérature. Tout lecteur digne de ce nom, doit absolument avoir défié ses pentes sélectives au moins une fois dans sa vie. Soit…

Après m’être consciencieusement encordée aux premiers chapitres, j’ai fini, bien malgré moi, par décrocher complètement assez rapidement. Damnation! Si je m’étais écoutée, j’aurais rebroussé chemin en courant! Mais le défi était trop énorme pour renoncer ainsi. Je me suis donc obligée à aller cueillir le dernier mot du livre, et… oui oui,  j’y suis finalement parvenue :)! En chemin: beaucoup d’ennui et d’exaspération… Sautant allègrement d’une analyse à l’autre, entre pesanteur, légèreté, merde et kitsch (je ne dis là que la vérité, toute la vérité),  Kundera jongle sans cesse avec des concepts d’une telle abstraction, que j’ai été prise de vertiges à plusieurs reprises. Un vrai calvaire…parsemé de quelques pétales de roses (lire citations).

Alors, les amis, à vous de voir maintenant. Si vous aimez l’aventure, c’est sûr, ce livre est pour vous!

 

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